07.10 DIOR OVER THE WORLD

LA TRADITION EN MOUVEMENT

VIDÉO

Artiste invité de l’exposition Esprit Dior , qui se tient jusqu’au 10 novembre 2013 au MOCA de Shangai, Qiu Zhijie revient en exclusivité pour DiorMag sur l’œuvre qu’il a réalisée pour l’occasion. Une série de seize écrans, sur lesquels les mots, les lieux et les arts se mêlent et s’animent en un dialogue poétique. 

Il y a plusieurs Qiu Zhijie dans Qiu Zhijie. Célèbre surtout pour ses photographies et ses vidéos, il est aussi poète et essayiste. Diplômé de l’académie des beaux-arts de Zhejiang, il a également étudié la calligraphie traditionnelle, l’histoire et la philosophie. Cette richesse marque profondément ses œuvres, qui apparaissent souvent comme suspendues dans un mouvement incessant entre les disciplines, les arts et les époques.
Dès ses premiers travaux, il instaure ainsi un dialogue entre la tradition de la calligraphie chinoise et le monde contemporain. Ses influences ? Joseph Beuys et Nam June Paik, du groupe Fluxus, deux pionniers de l’art vidéo qui s’adonnent à la critique sociale sur le ton de la dérision. Cette influence double qui nourrit l’œuvre de Qiu Zhijie, ce va-et-vient incessant entre passé et présent, tradition et technologie, est palpable dans la vidéo performance Le Pavillon des Orchidées  : on y voit l’artiste calligraphier un texte du très respecté écrivain traditionnel chinois Wang Xizhi, répétant l’exercice jusqu’à ce que les caractères deviennent illisibles et que la feuille blanche disparaisse sous le noir de l’encre. Sous les coups de pinceau de Qiu Zhijie, c’est tout l’héritage culturel de la Chine impériale qui semble se noyer dans une sombre confrontation avec le monde actuel, jusqu’à disparaître dans un obscur vide de sens.
La calligraphie se confronte aussi à la modernité dans ses photographies. Qiu Zhijie s’y met régulièrement en scène, faisant de son corps le vecteur de ses questionnements critiques. Tattoo II  représente l’artiste, le torse recouvert d’un grand caractère rouge sang signifiant « tu ne dois pas ».

De moyen de libre expression, le tatouage devient un bâillon qui barre la bouche d’un trait rouge, une entrave qui fige tout le corps et semble lui intimer un ordre silencieux. De telles œuvres, qui allient avec finesse questionnement social et esthétique poétique, sont considérées comme des classiques de l’art contemporain chinois et sont régulièrement exposées dans le monde entier.
L’œuvre que Qiu Zhijie signe pour l’exposition Esprit Dior  s’inscrit dans la droite ligne de son travail, invitant le visiteur à voyager, d’un écran à l’autre, entre l’Europe et la Chine, la vie quotidienne contemporaine et les vestiges du passé. A mesure qu’on les parcourt, l’ombre furtive de l’artiste y trace ces seize mots : « Ce génie léger propre à notre temps et dont le nom magique comporte Dieu et or. »  Cette phrase de Jean Cocteau apparaît comme un véritable pont entre la tradition d’élégance héritée de Christian Dior et le monde actuel, que le travail de la couture ne cesse de chercher à sublimer.

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