Les Fontaines Parfumées | DIORMAG

17 Septembre
évènements

Les Fontaines Parfumées
vues par François Demachy

Dans son nouveau bureau grassois, le parfumeur-créateur de Dior nous parle, le temps d’une interview exclusive, de sa vision de la ville berceau de la parfumerie et de son nouvel atelier de création high-tech.

DiorMag : Vous avez grandi à Grasse, avez-vous des souvenirs d’enfance liés aux Fontaines Parfumées ?

François Demachy : J’étais à l’école à deux cents mètres d’ici avec l’un des fils de la dernière famille propriétaire du lieu. Je me rappelle très bien quelques après-midi où nous sommes venus ici quand j’avais dix ans. Je me souviens de la rotonde, du moulin qui était alors en ruines et du jardin qui était pour nous une jungle fascinante. Le lieu, qui était connu des Grassois, s’est endormi peu à peu ; il avait été oublié… jusqu’à aujourd’hui.

DM : Que représente l’installation de votre atelier de création aux Fontaines Parfumées, à Grasse, la ville berceau de la parfumerie ?

FD : C’est un retour aux sources. L’histoire qui unit depuis toujours Dior à Grasse me touche : l’idée de Miss Dior est née dans la région, Eau Sauvage a été créée par Edmond Roudnitska, qui habitait près d’ici et était client de la pharmacie de mon père… Tout cela me parle, et c’est très significatif que Dior revienne ici. Surtout, cela influence la qualité des parfums que nous créons, par la qualité des ingrédients et des savoir-faire de la région. Mettre du jasmin de Grasse dans J’adore, par exemple, c’est un plus. Je crois beaucoup à l’accumulation des petites différences comme celle-ci, qui donnent au parfum une singularité sensible.

DM : Comment ont été choisies les essences qui composent le jardin de parfumeur entourant la bastide ?

FD : Le jardin a été conçu avec Jean Mus, un véritable poète paysagiste. Nous lui avons soumis principalement deux suggestions. D’abord, celle d’utiliser des plantes du terroir : des figuiers ou des acanthes, qui étaient déjà là et que nous avons voulu préserver ; des espèces qui poussent dans la région comme les arums, la myrte ou le lavandin ; et, bien sûr, du jasmin et de la rose de Grasse. Et puis il fallait que l’on puisse rencontrer des odeurs intéressantes en se promenant dans le jardin. Par exemple nous avons un parterre de menthe avec beaucoup de variétés différentes, dont les odeurs se dégagent quand on marche dessus. Enfin, on trouve beaucoup d’essences liées à la parfumerie, mais pas uniquement : il y a aussi des clins d’œil comme le muguet, la fleur préférée de Christian Dior.

DM : Quelles sont les innovations qui vous tenaient à cœur pour la construction de votre atelier de création ?

FD : Nous avons particulièrement insisté sur deux choses : la lumière et la ventilation. Dans une bastide provençale comme celle-ci, c’est assez sombre en hiver car les murs sont épais et les ouvertures étroites, afin de se protéger de la chaleur et du soleil en été. Il fallait donc un éclairage d’appoint qui reproduise la lumière du jour – c’est capital pour faire des pesées très précises. Pour la ventilation, nous avons une machine énorme qui occupe toute la surface de l’étage sous les toits et change l’air entre sept à dix fois par heure. Cet air est traité – refroidi, réchauffé, humidifié ou séché – puis diffusé à basse pression, sur une grande surface et à faible vitesse pour ne pas gêner la précision des balances, qui pèsent au milligramme près.

17 Septembre
évènements

L’eau aux Fontaines Parfumées

Elle accueille les visiteurs au bout de l’allée de gravier dans une ancienne fontaine de pierre, on l’aperçoit au détour d’un chemin sous un pont dans le jardin, on la retrouve coulant sur un lit de roses et de jasmin dans la véranda… Successivement utilisée par les tanneries et les distilleries de la région, l’eau de la source de la Foux a donné son nom au domaine des Fontaines Parfumées, et porte en elle la mémoire de ce lieu intimement lié à l’histoire de Grasse.

17 Septembre
évènements

Dans le secret de l’atelier de création

Poussons la porte du lieu high-tech et très secret où sont élaborés les parfums Dior de demain.

Sous un grand plafonnier aux allures de vitrail épuré, deux mille flacons sont alignés sur les murs ou disposés sur des tourniquets, soigneusement classés par ordre alphabétique. On y trouve des essences et des absolues de fleurs, des épices comme la vanille ou la cardamone, du bois comme le santal, des matériaux précieux comme l’ambre… Des matières premières dont certaines sont si délicates qu’elles exigent d’être réfrigérées ou au contraire placées dans des étuves pour être conservées dans le chais situé derrière l’atelier. Sur les plans de travail, des balances ultra-précises permettent de peser chaque élément au milligramme près pour réaliser avec précision les assemblages imaginés par François Demachy, le parfumeur-créateur de Dior. Une fragrance se compose en moyenne d’une cinquantaine de matières premières ; l’opération requiert donc une expertise particulière et une précision infinie dans le geste, mais aussi un environnement savamment étudié. Ainsi, rien n’a été laissé au hasard dans ce lieu high-tech où naissent les fragrances de demain, depuis les matériaux des meubles – choisis pour éviter toute pollution – jusqu’à la luminosité, en passant par le système de renouvellement de l’air, que les parfumeurs-créateurs peuvent régler entre sept et dix fois par heure, pour ne pas saturer l’atmosphère d’odeurs différentes et contrôler l’hygrométrie afin de préserver la qualité des matières premières.

17 Septembre
évènements

Les Fontaines Parfumées : visite guidée

Depuis le jardin jusqu’à l’atelier de création high-tech, suivez-nous à travers le domaine des Fontaines Parfumées où François Demachy créera désormais les fragrances Dior.

C’est après avoir gravi les rues tortueuses et escarpées de Grasse que l’on arrive aux Fontaines Parfumées. Un élégant portail de fer forgé dévoile une longue allée, au bout de laquelle on devine une ancienne fontaine de pierre – où coule l’eau de la source de la Foux, qui traverse le domaine – et la façade orangée de la bastide ponctuée de volets verts, qui abrite désormais le bureau et le laboratoire de création de François Demachy. Entrons. 

Tout comme l’extérieur, l’intérieur de l’édifice, bâti en 1640, a été rénové par des artisans de la région dans le souci de respecter l’authenticité du lieu. Quelques pas sur le sol de pierres brutes et, en passant devant des salons, l’on arrive à la rotonde art déco où trône une fontaine de faïence remplie de fleurs de la région – exactement comme à l’époque où les visiteurs venaient y puiser de l’eau embaumant la rose ou le jasmin. Revenons sur nos pas et empruntons l’escalier où un portrait de Christian Dior rappelle l’amour que le couturier-parfumeur portait à la région de Grasse. Au premier étage, François Demachy a choisi d’installer son bureau dans une pièce baignée de lumière. C’est là qu’il travaille à la composition de ses fragrances. Les formules qu’il imagine apparaissent directement sur les ordinateurs du deuxième étage pour être réalisées dans l’atelier de création, ce lieu si secret où les futures fragrances de la Maison sont assemblées à partir de deux mille matières premières. 

Ce grand espace offre une vue imprenable sur le jardin qui entoure la bastide. S’y promener, c’est parcourir l’infinie richesse d’un orgue à parfum. Parmi les trois cent cinquante essences plantées par l’architecte-paysagiste Jean Mus, les fleurs comme la rose, le jasmin de Grasse ou la tubéreuse côtoient notamment une grande variété d’agrumes et une vingtaine d’espèces différentes de menthe, composant une véritable symphonie olfactive où le parfumeur-créateur de Dior peut puiser l’inspiration de ses futures fragrances.

16 Septembre
Savoir-Faire

Dans les champs du pays grassois

En choisissant d’établir le centre névralgique des parfums Dior aux Fontaines Parfumées, à Grasse, la Maison se rapproche des domaines qui lui destinent l’intégralité de leurs récoltes de fleurs.

Originaire de Grasse, le berceau de la parfumerie, François Demachy s’attache à célébrer dans ses créations les fleurs de son pays. Ainsi, depuis une décennie, le parfumeur-créateur exclusif de la Maison a fait de Dior un soutien majeur à la jeune génération de producteurs qui redynamisent le terroir grassois, en établissant avec eux des partenariats exclusifs. L’histoire a commencé avec Carole Biancalana du Domaine de Manon, qui a été la première à dédier la totalité de ses roses de mai et de son jasmin grandiflorum aux fragrances Dior. Elle continue avec Armelle Janody du Clos de Callian. Autant de partenariats que la Maison a à cœur de multiplier pour préserver les savoir-faire de la région de Grasse, et pour que ses fleurs d’exception rayonnent toujours plus dans les parfums Dior.

Plus d'articles